Le Granatenwerfer





L’Armée Allemande comprit très vite que la guerre de tranchée appelée « guerre de position » nécessiterait des matériaux et équipements spécifiques !
Ainsi, elle mit en place dès le début de l’année 1915 un nombre important de mortiers de tranchées plus ou moins perfectionnés dont l’un d’eux est représentatif de l’Armée Allemande, le Granatenwerfer ( abréviation Gr.W. ).
Ce lance-grenades a été ingénieusement dessiné puisqu’il permet de part son poids et son petit gabarit d’être très maniable et d’être ainsi utilisé comme engin de tranchée dans la guerre de position et d’être employé également, et de manière assez efficace, dans la guerre de mouvement.

Ses appellations et autres surnoms furent très divers.
Ainsi on parle du coté allemand pour le lanceur, outre l’appellation réglementaire de Granatenwerfer, de Priesterwerfer; le Granatenwerfer Neue Art aurait été en effet dessiné par un prêtre Hongrois, pays alors allié de l’Allemagne.
Ses projectiles se voient définir comme nom Wurfgranaten ( abréviation W.Gr. ).
Du coté français, les noms sont tout autre et c’est sans doute le bruit si particulier du projectile dans les airs qui fit que les poilus ont surnommé ce dernier Pigeon, Tourterelle ou encore Taube en référence à l‘avion allemand.




I - LE GRANATENWERFER : son évolution durant le conflit.


               A) Le Granatenwerfer modèle 15.



Coté gauche: Photo représentant un Granatenwerfer 15 du 1er type.
Coté droit: Photo représentant un Granatenwerfer 15 du second type sur le front des Vosges.



Cet engin aurait été très certainement élaboré à l’origine par les usines de production de la célèbre firme Krupp, au tout début de l’année 1915, et comme on peut le voir, son utilisation est des plus simpliste. Sa tige de lancement, pièce clé du lance-grenades, est composée d’un système permettant la percussion, à laquelle on donne l’orientation et l’inclinaison voulues.
Le gros point négatif dans ce mortier qui vient tout juste de faire son apparition sur le front réside dans le poids exorbitant de sa plateforme. Il faudra attendre quelque temps pour voir apparaître une embase d'un poids plus acceptable que nous allons traiter plus bas.




Photo d'un groupe de soldats du RIR120 prise en Août 1916 devant Nogent - l'Abbesse ( Marne )
et présentant un Granatenwerfer 15 positionné sur sa plateforme fixe



               • Le Granatenwerfer du premier type, c’est comme cela que nous l’appellerons ici, est composé du lanceur monté sur un bâti de forme arrondie sur lequel est apposée la plaque du fabricant ainsi que le numéro de série marqué à froid.
Les usines qui le produirent furent assez nombreuses et on compte ainsi parmi elle la firme Rheinische Metallwaaren- und Maschinenfabrik plus connue sous le nom Rheinmetall qui, de nos jours, est toujours en activité. Cette dernière fut créee le 13 Avril 1889 à Düsseldorf par l’ingénieur Ehrhardt Heinrich et c’est de cette usine de production que provient l’exemplaire du premier type ci-dessous découvert dans un grenier Alsacien.




Ce Granatenwerfer 15 était monté, outre sur la plateforme fixe que nous avons évoquée au tout début, sur une embase de forme proche de l‘ovale.
Composée d’une poignée creuse, elle comporte outre un système permettant au lanceur d’être maintenu en place, 2 plaques rectangulaires à ses extrémités ayant pour but de renseigner sur les portées possibles et l’angle de tir pour les obtenir.




Nouvelle photo de notre Granatenwerfer 15 du premier type monté sur une embase découverte en Meuse.



Groupe de soldats muni de grenades à manche modèle 1917 et posant aux cotés d’un Granatenwerfer 1915 monté sur son embase.


               • Le Granatenwerfer 15 du second type, tout à fait semblable au premier, se présente sur un bâti de forme rectangulaire marqué à froid du numéro de série et dont les 4 angles sont percés afin que l’ensemble soit fixé sur un madrier de bois, ayant pour but de jouer le rôle d’une plate-forme de stabilisation, par le biais de vis papillon.
Contrairement au modèle précédent, aucune plaque renseignant sur le fabricant n’est présente.


Officiers aux cotés de soldats posant dans une position de première ligne avec un Granatenwerfer 15.
On notera la présence d’une caisse de 10 projectiles du premier type.



               B) Le Granatenwerfer modèle 16.



Hommes de la 1ère Kompanie du IR48 en Août 1916 sur le front de l'Est.



Ce nouveau modèle de lance-grenades apparaît avec l’année 1916 et est, comparé à son prédécesseur, beaucoup plus léger malgré ses 24 kilos et ainsi bien plus maniable. C’est sans doute ces qualités qui vont faire de lui l’un des mortiers de tranchée le plus représentatif de l’Armée Allemande!
Son bâti, tout comme le modèle 1915 du 1er type, possède une plaque fabricant et est parfois marqué à froid d’un numéro de série.



Comme tout type de matériel, ce mortier de tranchée fut produit par de nombreuses firmes.
On peut ainsi citer la Maschinenfabrik Alfred Wolf de Berlin ou encore la célèbre Gebr. Bing A.G. située à Nürnberg qui fut l’un des plus gros producteurs au monde de jouets dès sa création en 1866.
Au vu des nombreux fabricants, il n’est pas rare de trouver des Granatenwerfers avec quelques différences ici et là même si la globalité du mortier, tout comme son fonctionnement, reste identique.
Certains exemplaires découverts étaient peints en Feldgrau, d'autres étant quant à eux bruts d'usine.

L’exemplaire de grenier ci-dessous monté sur embase et équipé d’une grenade du premier modèle, a la particularité de posséder des marquages à la peinture blanche identifiant le numéro de la pièce au sein de la compagnie.




Pour faciliter l’utilisation du Granatenwerfer 16 et éviter ainsi un déplacement intempestif lors du tir, celui-ci s’utilisait tout comme son prédécesseur avec une embase.
De forme demi-sphérique, son poids avoisine les 16 kilos environ et cette dernière peut se décliner en diverses tailles; différence sans doute due aux nombreux fabricants la produisant, un peu comme le lanceur lui-même. On pourrait même émettre l'hypothèse d'une production d'embase de plus en plus petite au fil des années afin d'obtenir un poids "acceptable".
Son profil bien particulier ( notamment la partie rectiligne appelée "bêche" ) lui permet de pouvoir être stabilisée au mieux sur le terrain sur lequel elle sera employée.
Outre une poignée permettant le transport, le plateau possède à chacune de ses extrémités à angle droit, deux plaques rectangulaires de taille moins importante que celles de la plate-forme du mortier modèle 1915 mais reprenant toujours les mêmes informations. Ces plaques représentent en quelque sorte une table de tir où sont indiqués les portées et angles de tir, vertical ou tendu, pour les obtenir.
Par ailleurs, on retrouve également un système très ingénieux ( plaque butoir à cadran ) permettant de choisir la direction de tir.



Un exemplaire de plate-forme découvert est des plus curieux puisque ce dernier possède sur sa partie rectiligne, endroit situé sous la poignée de transport, des encoches de très bonne facture.
Cette modification peut s’expliquer par la simple volonté du servant à vouloir fixer sur un support en bois par exemple, l’embase du Granatenwerfer au lieu de planter celle-ci dans la terre; c’est ce qui semble le plus probable en tout cas.




Les troupes se plaignant du poids de l'embase du Granatenwerfer dont elles avaient la charge, un modèle allégé fut mis en place à la toute fin de la guerre. Ce dispositif fut produit à très peu d'exemplaires et c'est l'une des raisons qui fait qu'on ne le rencontre que très rarement.
Cette embase avait pour nom "Gefechtsplatte zum Granatenwerfer 16" et avait quelques similitudes avec l'ancien modèle. On retrouve ainsi la poignée de transport, la bêche antérieure mais également la plaque butoir à cadran montée à pivot sur l'avant du plateau. Par ailleurs, une seule et unique plaque renseignant sur les portées semble avoir subsisté.


Exemplaire du Mémorial de Péronne dans la Somme.



Démonsration de matériels divers dont un modèle d'embase ordinaire pour Granatenwerfer qui semble avoir été découpé pour en alléger le poids.
On notera également la présence d'une claie de portage pour le mortier lui-même.


En cliquant sur l'image ci-dessous, vous découvrirez en format PDF une notice éditée le 12 Juin 1917 par l'Armée Française, et plus précisemment par le Ministère de l'armement et des fabrications de guerre, portant sur le Granatenwerfer 16 et tout ce qui s'y rattache. Ce fascicule très bien réalisé pour l'époque nous permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'engin par le biais d'explications très précises et de nombreux croquis.




Il est bon de rappeler que le Granatenwerfer, comme bien d’autres matériels, fut employé par son allié le plus proche, l’Autriche ainsi que par d'autres comme la Bulgarie par exemple.
A savoir également que le Granatenwerfer 16 n’eut qu’un avenir très bref après la fin de la guerre au sein de l‘Armée Allemande. Cependant, au vu des stocks importants, ce mortier de tranchée fut utilisé par bien d‘autres Armées.
Ainsi, on le retrouve après l‘Armistice durant la révolution Spartakistes et plus étonnant encore, lors de la guerre civile Espagnole qui toucha ce pays en 1936. Il deviendra même mortier réglementaire de l‘Armée Polonaise après le premier conflit et ce jusque vers la fin des années 20 et fut ainsi utilisé amplement lors de la guerre d‘indépendance contre les Bolchéviques.



Troupes d'assaut procédant à une démonstration devant les hautes autorités autrichiennes.





II - SES PROJECTILES : une multitude de modèles.



Usine de production de projectiles Wurfgranaten 1915 du second type.



               A) Le premier type.

C’est avec la création du Granatenwerfer que le projectile, appelé Wurfgranaten, fit son apparition au début de l'année 1915. Ce modèle précoce étant le tout premier a avoir été réalisé pourrait être défini comme un projectile Typ/System "Erhardt".
Composé d’un corps fait de fonte et quadrillé de manière très prononcé extérieurement, celui-ci est vissé sur une queue creuse empennée possédant trois ailettes et est muni en son sommet d’une fusée percutante qui, pour éviter toute menace potentielle en terme de sécurité durant le transport et autres, possède une goupille.
Son poids à vide est identique au projectile de second type chargé soit un peu plus de 2 kilos.
Sa forme très particulière s’approchant de la goutte d’eau voir d’une poire pour les plus imaginatifs, fait de ce projectile qu’il est très peu aérodynamique et que ses capacités balistiques devaient être médiocres malgré que son usinage soit très bien élaboré, ce qui fait de lui un projectile plutôt difficile à produire ou tout du moins à produire dans des proportions moins importantes que son prédécesseur, le Wurfgranaten du second type.




               B) Le second type.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce projectile qui est sans doute le plus commun, est apparu durant la fin de l’année 1915 et a ainsi été produit non pas pour le Granatenwerfer 16 mais le 15.
Cette grenade se compose d’un corps cylindrique en fonte à fragmentation extérieure, pourvu à sa partie postérieure d’une queue creuse et empennée, et, à l’avant, d’une fusée percutante de même type que la précédente.
La grenade pèse 1850 grammes et renferme 225 grammes d’un explosif brisant qui sera de la Tolite dans un premier temps, vite remplacé par des explosifs chloratés comme la Wesphalit qui est également employée pour les pains d’explosifs.




A savoir qu’il existe des variantes à 3 voir à 4 ailettes, différence dûe très certainement à l’époque de fabrication.
En effet, on pourrait émettre l’hypothèse que la production commença avec 3 ailettes mais que les accidents étant trop nombreux de part l’emploi de ce projectile dans le Signalwerfer destiné exclusivement à des grenades de type éclairante ou porte-message, la fabrication fut modifiée et passa à 4 permettant dès lors à la grenade d’être trop volumineuse pour pouvoir être insérée dans ce lanceur spécifique qu’est le "chandelier".




               C) Les projectiles de type rebondissant.

Souvent méconnu des collectionneurs, ce projectile est très bien décrit par le Lieutenant-Colonel CLAUDOT, Inspecteur des études et des expériences techniques des armes portatives, qui procéda à une analyse en 1918 pour l’Armée des différents projectiles employés par l'Allemagne durant le conflit.
Ainsi, il décrit cette grenade à rebondissement comme un projectile qui se compose comme les autres modèles de Wurfgranaten, soit d’un corps cylindrique pourvu à sa partie postérieure d’une queue creuse et empennée.




Par ailleurs, il nous dit: "Elle se distingue par une caractéristique essentielle: sa partie antérieure est coiffée d’un petit mortier en acier contenant une charge de poudre noire qui, allumée par le fonctionnement de la fusée percutante, rejette la grenade au-dessus du sol; celle-ci n’éclate qu’après rebondissement.
Le corps de grenade est en fonte, à fragmentation préparée intérieurement.
L’ensemble de la grenade et du mortier est coiffé par une chemise en tôle d’acier qui contribue au guidage de la grenade quand elle est projetée hors du mortier.
On peut encore par dessus le tout emmancher une rondelle amovible dont les bords s’opposent à l’enfoncement excessif dans les terrains mous.
La charge de lancement est placée au fond de la queue creuse dans un godet en laiton dont le culot porte une amorce.
La grenade complète pèse 2,450 grammes environ et renferme une charge de 200 grammes environ d’un explosif brisant."




Par ailleurs, il est important de noter que cette particularité dite "de rebondissement" peut également être donnée à un projectile ordinaire par l'emploi d'un manchon lisse. Ce dernier de couleur Feldgrau vient littéralement s'emmancher sur le projectile et dispose dans sa partie interne supérieure d'une charge de dépotage. Ainsi, le projectile une fois tiré arrive tête en avant sur le sol, la fusée dont est muni le manchon fonctionne et provoque l'expulsion en l'air du projectile qui vient exploser de ce fait à hauteur d'hommes.
A savoir que le manchon, avant d'être amorcé, était fermé par un bouchon particulier afin que la charge qui donne son effet à la munition ne prenne l'humidité.




               D) Les projectiles de type éclairant.

Bien que rarement rencontré, il ne faut pas oublier que le Granatenwerfer pouvait utiliser les projectiles du Signalwerfer puisque ces derniers étaient de même calibre. En effet, peu courantes sont les photos d'époque qui présentent le Granatenwerfer 1916 employant ce type de projectile mais elles existent, il ne faut donc pas écarter non plus l'éventualité d'un usage de projectile porte-message !
De ce fait, je vous invite à parcourir l'article sur le Signalwerfer présent dans la rubrique "Documentation / Armement" de notre site internet et consultable ici.



Groupe de soldats photographié en 1917 aux côtés d'un GW16 monté avec une grenade éclairante.


               E) Les variantes.

Outre les trois types de projectiles que nous venons de voir et qui ont été le plus employés sur le front, notamment le second type qui a été sans doute produit à la plus grand échelle, on retrouve un certain nombre de grenades dont la mention "rare" pourrait leur être décernée tant les modèles découverts sont peu nombreux ce qui peut laisser penser, outre à une petite production, à une utilisation sur des secteurs bien précis.
Ainsi, on retrouve par exemple des projectiles « normaux » si ce n’est leur corps qui est bien plus petit, voir leur queue, mais également des modèles non plus quadrillés mais totalement lisses !





               F) Les particularités.



Soldat allemand réglant son projectile sur le Granatenwerfer.
On notera que ce dernier dispose d'un tampon sur l'une de ses ailettes.


A savoir que les différents types de projectiles que nous venons d’étudier sont livrés au front chargés et fusée mise en place, seul le détonateur doit être introduit dans la gaine de la grenade juste avant le tir.
Comme la plupart des projectiles, ceux-ci sont peints en Feldgrau voir laissés bruts et simplement graissés à leur sortie d'usine. Par ailleurs, les projectiles d'exercice étaient de couleur rouge brique et portaient la dénommination de "Uebungswurfgranaten".
Le corps tout comme la queue ou les ailettes peuvent être estampillés à froid de marquages divers se rapportant au fabricant notamment. Il arrive même que certaines ailettes soient tamponnées comme nous le montre la photo d’époque ci-dessus ainsi que l'exemplaire de collection juste en dessous.






III - LE CONDITIONNEMENT: un moyen de faciliter le transport.



Position d'un Granatenwerfer 16 dans une tranchée.
On notera la présence de caisses de projectiles Wurfgranaten 1915 du second type dont le positionnement des marquages est différent, variation très certainement dûe aux fabricants.



               A) Du lanceur.

Même si il n’a pas encore été démontré que le Granatenwerfer 15 était livré en caisse, ce qui devait cependant être le cas et semble tout à fait logique, il n’en est rien avec le Granatenwerfer 16 dont bon nombre de photos d’époque et découvertes sont là pour le prouver.

La caisse du lance-grenades renfermait outre le lanceur, accessoires et pièces de rechange.
Cette dernière était peinte bien souvent en Feldgrau mais il arrive de rencontrer des couleurs plus proches du gris que du vert.
Faite de bois, elle est munie de deux petites poignées en métal ainsi que d’un système de fermeture. Son couvercle est maintenu après ouverture à la verticale par une petite chaînette de retenue et présente, en son intérieur, une petite plaque cloutée où l’on peut lire la nomenclature du contenu ( il arrive d'observer quelques divergences dans le nombre de pièces d'une plaque à l'autre ).
Sur l’ensemble sont apposés de nombreux marquages à la peinture noire, on retrouve ainsi :
- Sur le dessus, la mention « GRANATENWERFER 16 »
- Sur sa paroi de devant à gauche, un symbole composé d’une croix ( le même procédé est visible sur la plupart des caisses allemandes en rapport avec les munitions ) renseignant sur le fabricant, la date de production exacte ainsi que le numéro de la pièce
- Sur sa paroi de devant à droite, l’abréviation de ce que la caisse contient soit le Gr. W. 16
- A l’intérieur de son couvercle, le même type de symbole à croix et toutes les informations qui s’y rattachent




Outre ce type de caisse, une autre variante a été découverte. D'une couleur bleu-gris artillerie, elle se différencie par notamment son verrou; les deux seules mentions ne laissent cependant pas de doute sur ce qu’elle est censée contenir.
Véritable autre modèle ou simple modification pour réparation ?




               B) Des projectiles.

La première de ces caisses contient 10 projectiles avec leur fusée vissée sur l’ogive et cartouche propulsive fixée au culot. Maintenus en place par des cales en bois spécialement étudiées, ces derniers sont disposés d’une certaine manière que l’on définit de « tête-bêche ».
Sur la droite de la caisse est disposée une petite boite étanche renfermant un support en bois dans lequel sont disposés 10 détonateurs composés d‘une amorce de 28,5 grammes de composition fulminante; boite semblable à celle des grenades à manches avec une étiquette renseignant sur le contenu collée sur le dessus.
Composée de deux fermoirs en fer, on retrouve pour faciliter le transport deux poignées qui sont bien souvent faites d’une épaisse corde. Cependant, selon le fabricant, on retrouve de fines poignées en métal voir un modèle assez imposant, typiquement allemand, que l’on retrouvera sur toute la production de l’autre variante de caisse que l’on traitera plus bas.
La caisse en elle-même comporte bon nombre de marquages à la peinture noire dont l’inévitable croix renseignant à la fois sur la date de production, le fabricant et le contenu.
Par ailleurs, outre ces quelques inscriptions, on retrouve sur l’arrière de la caisse une mention nous indiquant qu’il est impératif de ne pas se débarrasser de celle-ci une fois vide mais de la renvoyer afin qu’elle soit réutilisée; pas question à cette époque cruciale du conflit de gaspiller !
A l’intérieur du couvercle, on retrouve dans le coin en haut à gauche l’abréviation du fabricant ainsi qu’au centre une étiquette papier épaisse cloutée nous informant sur la manière d'utiliser le projectile ("Mise en oeuvre du projectile 1915. Dévisser le détonateur ! Monter la capsule explosive ! Visser le détonateur ! Monter le projectile sur l'affût de tir ! Tirer la mèche !").



Photo d'époque faisant partie d'un ensemble de clichés réalisés par l'Armée Française et présentant différents types de projectiles en caisse pris à l'ennemi lors de sa retraite
( grenades à manche, grenades à tige modèle 1914, grenades tortue de type offensif, etc ... ).



Le second modèle de caisse est sans doute le plus couramment rencontré avec celui pour bandes de mitrailleuse MG08.
D’une longueur bien plus petite, cette caisse est un peu plus haute que la précédente et contient le même nombre de projectiles soit 10 exemplaires, tout comme la petite boite à détonateurs.
Faite de bois et renforcée en ses angles de plaques métalliques, ce modèle de caisse voit ses projectiles disposés de la même manière que le précédent type tout comme ses marquages, dont le "A retourner vide à la centrale de traitement des caisses au pays", même si le dessus du couvercle possède sur chacune de ses extrémités deux mentions indiquant qu'il faut protéger la caisse de l'humidité et ne pas la jeter.




La différence entre ces deux modèles de caisse est très certainement dûe aux types de projectiles qu’elle est censée contenir.
Ainsi, la caisse plus longue est sans doute destinée aux modèles précoces à savoir le projectile du premier type et le projectile du second type à 3 ailettes, tandis que l’autre type de caisse devait contenir les projectiles à 4 ailettes et doit donc être de fabrication plus tardive.



Groupe de soldats posant avec un GW16 et sa caisse de projectiles. L'un d'eux est équipé d'un pistolet de signalisation Hebel.
On notera par ailleurs la multitude de détails intéréssants comme la présence de munitions éclairantes destinées à l'origine au Signalwerfer,
sans oublier l'un des quelques modèles de claie de portage pour le lanceur dont le sujet sera traité plus bas.


Par ailleurs, il est important de notifier qu'outre l'emploi de la peinture noire pour les marquages, une caisse portant un autre type d'apposition a été découverte. En effet, cette dernière s'est vue estampiller de marquages à froid, ce qui donne un aspect rougeâtre aux inscriptions qui sont incrustées de quelques millimètres dans le bois.




Pour finir, ce type de caisse existait bien évidemment pour les projectiles destinés à l’exercice. La différence essentielle réside dans les marquages qui sont apposés à la peinture rouge.
Voici donc une caisse du premier type pour projectiles d’entrainement. On remarquera que celle-ci a été produite par la firme Rheinmetall le 26 Octobre 1916 et que ses poignées sont du modèle le plus couramment rencontré même si celles-ci sont plus représentatives des caisses du second type.




               C) Le système D.

Afin de faciliter la tâche aux soldats et de ne pas avoir besoin de deux paires de bras, un système fut mis au point et permit de transporter à dos d’homme le Granatenwerfer 16. Ce dernier était fait de bois et permettait d’être maintenu tel un Tornister à l’aide de bretelles; ce système fut d’ailleurs repris pour le transport de d’autres matériels comme les obus de Minenwerfers de moyens et gros calibres, voir même chez les Français pour les projectiles du mortier de 58 appelés plus familièrement "Crapouillots".



Homme du Garde Reserve Pionier Regiment
portant à l'aide d'une claie de portage un Granatenwerfer modifié.


Les longues marches usant les soldats, l'Armée se pencha de plus en plus sur un moyen de faciliter à ses hommes le transport du Granatenwerfer 16 lors de manoeuvres et de rendre ce dernier le plus confortable possible.
Ainsi, un nouveau dispositif portant le nom de "Tragegestell zum granatenwerfer 16" vit le jour. Bien plus évolué que le modèle rudimentaire présenté ci-dessus, cette claie de portage était en partie réalisée en osier renforcée au dos de coussinets recouverts d'une forte toile.






IV - SON UTILISATION




Même si dès sa création, le Granatenwerfer fit son effet ( les témoignages de l'époque accordaient au Taube un pouvoir meurtrier aussi important que le 7.7cm à schrapnell ), il faut attendre l’apparition du second modèle de lanceur et plus précisément le milieu de l’année 1916 pour que son utilisation se généralise véritablement.
Ainsi, à cette époque, chaque régiment allemand possédait 12 Granatenwerfers et chaque compagnie de pionniers disposait de deux de ces engins.
L'apparition de ce mortier de tranchée sur le front apparait comme une véritable révolution puisqu'il permet à la fois d'être utilisé dans la guerre de mouvement mais également dans la guerre de position; on le retrouvera d'ailleurs aux cotés des Strosstruppen, unité prestigieuse renfermant l'élite des soldats, lors de ses nombreux assauts victorieux. En effet, sa capacité de tir, 6 coups à la minute, et les possibilités offertes, tir tendu ou vertical, rendent le Granatenwerfer indissociable des soldats, quelque soit la stratégie militaire adoptée.



Photo de gauche : Essai de tir aux Granatenwerfers mdl 1915 et 1916.
Photo de droite : Granatenwerfer 15 du second type avec ce qui semble être son livret d'instruction.


Avant toute utilisation, le soldat qui avait pour but de s’occuper de cette pièce devait suivre une formation appelée Kursus dont l’utilité première était de sensibiliser ce dernier à l’emploi du Granatenwerfer et à son fonctionnement.
D’une durée variable ( de quelques jours à un mois complet selon le contenu du stage ), une telle formation était complétée bien souvent par une initiation à l’emploi de grenades à main et autres et se déroulait au sein même de l'unité, c’est à dire au dépôt de recrues. Cette dernière faisait d'ailleurs l'objet d'une mention dans le Militärpass du soldat qui en avait suivi les cours.



Extrait du livret d'un soldat du Jäger Batl 6 où on peut lire en bas : "Hat vor 5.10. bis 3.11.16 am Ausbildungs Kursus am Granatenwerfer 16 und mit Stiel und Eierhandgranaten ...".


Comme pour la plupart des mortiers de tranchées, deux servants étaient nécessaires à son bon fonctionnement lors de son emploi, l’un d’eux appelé « Pointeur-Tireur » avait pour fonction, en résumé, de s’occuper du réglage de la pièce ( hauteur et direction ), de la charger et d’y mettre feu; le second soldat dénommé « Pourvoyeur » avait quant à lui pour but d’amorcer les projectiles et de les porter ensuite à la pièce.
Bien évidemment, il était possible qu’un seul et unique homme emploie ce lance-grenades mais il fallait avant toute chose que les projectiles soient amorcés à l’avance et restent à portée de main lors du tir.



Photo du haut : Stage de formation en rapport avec le Granatenwerfer se déroulant durant l'année 1916.
Photo du bas : Groupe de soldats avec insigne de manche se rapporttant à leur spécialité, à savoir le Granatenwerfer.


L’amorçage, comme on a pu le voir un peu plus haut dans les différents chapitres, se faisait par le biais d’une charge propulsive qui n’est autre qu’une cartouche de fusil un peu particulière, placée à l’intérieur de la queue du projectile.
Cette munition, distribuée par 10 dans une boite de carton fin, n’est en fait qu’une simple cartouche dont la balle a été remplacée, soit par une bourre de feutre, soit par une sorte de demi-sphère caoutchoutée et noirâtre, dont les lèvres ont été très légèrement repliées sur elles-mêmes. Sa contenance s’élève à 3,2 grammes de poudre.
Son extrémité pouvait être vernie d’une couleur rouge, ce qui indiquait une munition pour projectile d’exercice appelé "Uebungswurfgranaten". Une couleur verte a déjà été rencontrée mais aucune supposition concernant cette teinte n’a pu être avancée. A savoir que ces cartouches ont été produites spécialement pour cet usage, c’est à dire en tant que charge propulsive, même si certaines ne sont en fait que des réutilisations d’étuis possédant des imperfections et retirés ainsi des arsenaux afin de ne pas être utilisés avec une arme à feu par peur de risque d’éclatement dans la chambre.

Par ailleurs comme cela a pu être dit, les détonateurs composés d’une amorce de 28,5 grammes de composition fulminante étaient disposés dans une boite étanche par 10 contenant un support en bois.





Les Granatenwerfers, dont la portée peut varier de 50 à 300 mètres selon le calcul effectué, grâce notamment à la table de tir située sur la plate-forme même du lanceur, sont installés à l’arrière des premières lignes dans des éléments de boyau et peuvent être utilisés en batterie afin d’effectuer des tirs d’enfilade. Ce moyen d’utilisation est préférable au vu de la grande dispersion des projectiles et permet ainsi à coup sûr de remplir l’objectif visé.
Il n'est donc pas rare de voir sur le terrain ce dispositif mis en place puisqu'il permet l'envoi de salves rapides; un gradé, officier ou sous-officier, pourra alors conduire le tir, à l'arrière de la première ligne, d'une position d'observation.




Les incidents de tir ( ratés, coups anormaux, éclatements prématurés, etc ... ), comme pour toutes pièces d'artillerie, sont nombreux et peuvent s’expliquer de diverses manières. Vent soufflant par rafale, charge humide, cartouche propulsive mal placée dans l‘axe de la queue sont autant de causes qui font que les projectiles de Granatenwerfer n'échappent pas à la règle.
Afin d’éviter ces inconvénients, un maximum de précautions est à prendre par les utilisateurs comme l’observation des conditions atmosphériques qui peut apparaître banale à première vue mais qui a toute son importance lors du tir; une pince est même mise à disposition afin de détordre un maximum les ailettes qui auraient pu se déformer.



Grossière mise en scène ou véritable projectile ayant fini sa course dans un arbre ?


Outre l'utilisation de ces projectiles avec le mortier, certains de ces derniers furent détournés de leur emploi premier. En effet, l'aviation malgré qu'elle ne soit qu'à son balbutiement au tout début du conflit, ne cessa d'évoluer au cours de la guerre et l'Armée comprit très vite que cette dernière jouerait un rôle important si ce n'est décisif dans la victoire du conflit. Ainsi, presque tout et n'importe quoi fut utilisé lors des bombardements et c'est ainsi que les grenades du Granatenwerfer furent employées par l'aviation, tel quel ou modifiées. A savoir que l'on retrouve même des grenades à manche ainsi que des grenades à fusil mdl 1914, etc..., spécialement transformées pour l'occasion.


Exemple de 2 projectiles d'aviation réutilisant un corps d'un projectile de Granatenwerfer modèle 1915 du deuxième type.


Une photographie d'époque d'un chasseur-bombardier de type Halberstadt Cl.II nous permet d'ailleurs d'observer, outre l'emploi de charges groupées ( "geballte Ladung" ) pour le bombardement, des wurfgranaten montés tête en haut par 5 sur un dispositif où il ne suffira que de retirer la goupille de sécurité de la fusée du projectile pour voir ce dernier plonger sur sa cible.




Un second cliché réalisé à la toute fin du conflit par un certain John McGrew, photographe américain issu de la section photographique du 5th Aero Group A.E.C., nous permet par ailleurs d'observer un ensemble de projectiles employés par l'aviation allemande dont nos fameuses munitions pour Granatenwerfer. On notera ainsi la présence de deux nouveaux types de rack ( pour 2x3 ou 2x4 projectiles ) pour chasseur-bombardier ainsi qu'une caisse de projectiles datant de l'année 1917 prêts à être employés.
A savoir que cette photo d'une qualité admirable est détenue dans l'impressionnant fond d'archives iconographiques du Air and Space Museum implanté à San Diego.






V - CONCLUSION


En conclusion, le Granatenwerfer, lance-grenades de l'Armée Allemande, joua un rôle clef durant le premier conflit mondial et encore bien après aux cotés d'autres combattants d'origines lointaines.
Ce succès peut s'expliquer par la grande mobilité et vitesse de tir de ce mortier qui à l'avantage de lancer des projectiles sans produire de fumée ni même de bruit, ou tout du moins dans de faibles proprotions. De plus, étant très léger, il peut être mis rapidement en service et est donc ainsi difficile à repérer.
Par ailleurs, le Granatenwerfer comme on a pu le voir dans cet article, peut à lui seul, représenter un thème de collection tant la diversité dans ses modèles, accessoires, projectiles est considérable.




Equipe du Sturmbataillon Nr. 6. emportant dans ses sacs à grenades
les projectiles du Granatenwerfer au lieu des habituelles grenades à manche.









Sources:
- Le service du Lance-grenades mle 1916 par le Ministère de l'Armement et des Fabrications de guerre - Juin 1917
- Les engins de tranchée: le granatenwerfer "Taube" par J.-J. Dubois
- Manuel "Granatenwerfer 1916 ( Gr. W. 16 )" édté à Berlin par le Comité d'ingérieurs de l'Armée
- Notice succincte sur les divers modèles de grenades actuellement en service dans l'armée allemande édité par l'Armée Française - Avril 1918

Photographies:
- Archive et collection personnelle
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- Eric Baradon
- Eric Siegel
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- Stéphan Lalisse
- Thomas Wictor ( U.S.A )
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- David Sciacca ( USA )
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